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L’agriculture durable au secours du climat

jeudi 1er juin 2017, par RIFFEAC / IT

Résistante à la sécheresse, la plante Leucaena leucocephala, aussi surnommée faux mimosa, donne de l’espoir aux agriculteurs dans le plateau de Thiès, au Sénégal. Le Groupe recherche appui initiatives mutualistes (GRAIM), une organisation sénégalaise, cultive cette plante fourragère dans ses pépinières. Celle-ci permet de capter davantage d’azote dans l’air et d’enrichir la structure du sol. Plantée sur les terres agricoles, elle crée un ombrage et limite l’érosion du sol. « Cela permet aux agriculteurs d’éviter le recours aux engrais chimiques, mais aussi de renforcer les champs », explique Jean-Pierre Faye, chargé de projet en environnement pour le GRAIM, par l’entremise de Skype.

Le Sénégal cultive désormais le faux mimosa, une plante fourragère résistant à la sécheresse et limitant l’érosion, et qui permet de capter davantage d’azote dans l’air et d’enrichir la structure du sol.

Comme plusieurs pays du Sud, le Sénégal se révèle durement touché par les changements climatiques, devant lesquels ses agriculteurs se retrouvent sur la ligne de front. Les pluies ont substantiellement diminué dans les dernières décennies dans ce pays, forçant les cultivateurs, qui avaient jusque-là souvent recours au déboisement et au désherbage, à réinventer leurs approches.

Le GRAIM a fait appel à l’organisme de coopération internationale SUCO pour mener en partenariat un projet de renforcement des capacités locales. Nommé Dunda ak Kéew bi, qui signifie « Vivre longtemps avec l’environnement  » en wolof, celui-ci vise à accompagner six communes de la région dans l’élaboration et la mise en oeuvre de plans en matière d’environnement et d’adaptation aux changements climatiques.

«  Nous avons besoin d’échanger nos savoirs, de nous renforcer, de découvrir ce que d’autres ont fait et ce que le Canada a réalisé en matière d’environnement, indique André Demba Wade, coordonnateur du GRAIM. Ce n’est pas le même contexte, mais quand nous nous mettons ensemble, nous pouvons réaliser d’autres expériences au profit des populations. »

Selon M. Wade, l’adoption de nouvelles pratiques dans le secteur agricole demeure cruciale, tant en raison des répercussions des changements climatiques sur cette activité qu’en raison de l’inverse. « Au Sénégal, comme dans tous les autres pays de la sous-région, nous allons perdre beaucoup d’efforts si nous ne prenons pas en compte la question de l’agriculture. »

Du Sénégal au Pérou, une activité se révèle charnière dans l’adaptation des pays du Sud aux changements climatiques : l’agriculture.

Un enjeu mondial

Cette préoccupation n’est pas unique à l’Afrique de l’Ouest. L’Organisation des Nations unies a intégré la promotion de l’agriculture durable aux Objectifs du développement durable, adoptés en 2015. Selon ses chiffres, 75 % de la diversité des cultures a disparu des champs des agriculteurs depuis les années 1900. L’ONU considère qu’une meilleure utilisation de la biodiversité agricole pourrait contribuer à obtenir des régimes alimentaires plus nutritifs et des systèmes agricoles plus résilients.

Actuellement, 80 % de la nourriture consommée dans les pays en développement provient de petites exploitations agricoles locales. « Lorsque celles-ci sont perturbées par les changements climatiques, cela affecte assez rapidement la sécurité alimentaire des gens du Sud », soulève Geneviève Talbot, chargée de recherche et de plaidoyer pour Développement et Paix, qui a participé, à titre d’observatrice, aux négociations sur le climat lors de la COP21 de Paris en 2015 et de la COP22 de Marrakech en 2016.

Lors de la dernière Conférence des parties (COP), les négociations sur l’agriculture et la sécurité alimentaire n’ont débouché sur aucune entente. «  Les pays n’arrivent pas à s’entendre parce que ceux du Nord poussent pour une diminution des émissions de gaz à effet de serre en agriculture alors que les pays du Sud demandent clairement plus de moyens pour être en mesure de s’adapter aux changements climatiques », observe-t-elle.

Mme Talbot considère que, dans les 2,65 milliards que le Canada s’est engagé, en 2015, à débourser sur cinq ans pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques, une plus grande proportion devrait être consacrée à l’agriculture paysanne.

Elle met en avant comme solution l’agroécologie, une agriculture paysanne diversifiée et biologique, sans engrais chimique ni organisme génétiquement modifié (OGM). Cette pratique, en plus d’améliorer la qualité des sols, permet une meilleure résilience aux changements climatiques par la culture de plusieurs plantes de manière simultanée. « Ils vont maintenir une production acceptable malgré une sécheresse, évoque-t-elle. Comme c’est une agriculture diversifiée, ils vont par exemple perdre leur café, mais ce qu’ils auront fait pousser sous les cafetiers va continuer de produire. »

Le café durement touché

Andréanne Grimard, consultante indépendante auprès d’agences onusiennes sur les enjeux d’agriculture, de déforestation et de changements climatiques, a constaté à quel point la culture du café était touchée par les changements climatiques lorsqu’elle était à la tête du bureau nord-américain du réseau Solidaridad. Comme le café pousse en altitude dans des endroits tempérés, un réchauffement du climat entraîne une cascade de conséquences. « Les zones où l’on en fait pousser deviennent de moins en moins viables. Mais plus on monte en altitude, moins il y a de terres disponibles, souligne-t-elle. Souvent ces terres sont boisées. Donc, pour y accéder, il faudrait faire de la déforestation, ce qui aggraverait encore plus les changements climatiques. »

Comme initiative intéressante pour pallier ce problème, elle évoque celle de l’entreprise sherbrookoise Ecotierra, qui accompagne des coopératives paysannes au Pérou, en Colombie et en Côte d’Ivoire pour reboiser des terres, dégradées auparavant par une agriculture intensive de maïs ou de riz, afin d’y cultiver du café ou du cacao à l’ombre des arbres.

« Cela permet d’assurer un bon revenu aux producteurs et un usage plus durable des sols », indique Guillaume Nadeau, directeur des communications d’Ecotierra. L’entreprise, fondée en 2011, a bâti en partie son modèle d’affaires sur les crédits compensatoires de carbone générés par cette activité. « Si j’ai des aires protégées soumises à une pression agricole autour, par le biais d’un projet où l’on va essayer de mettre en place de l’agriculture durable, on va éviter que le déboisement continue d’avancer et on évite des émissions de gaz à effet de serre. »

Mme Grimard note que même les grandes entreprises investissent de plus en plus dans l’agriculture paysanne durable à travers leur chaîne d’approvisionnement. Elle évoque la déclaration du New York sur les forêts, signée en 2014 par une quarantaine de multinationales. «  Ils comprennent qu’il y a de plus en plus de risques à leur réputation concernant la déforestation, mais ils voient aussi de plus en plus des risques quant à leur pouvoir de s’approvisionner à des prix qui leur conviennent dans le futur. »

Source : Le Devoir

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